17/11/2007

AI-Tribunaux : même combat ?

Vous savez que je suis vraiment sceptique à propos de l'objectivité de notre bonne assurance invalidité.

Mais des fois, je doute également de celle des Tribunaux.

Un exemple : une femme de 62 ans sans formation professionnelle, parlant très mal le français, analphabète, est déclarée apte à faire un travail à 60 %.

Quel travail ?

Franchement personne ne peut le dire, mais qu'elle se débrouille.

Reprenons l'histoire : cette brave dame est reconnue, par l'AI, inapte à 100 % dans sa profession, qui est un travail non qualifié. Les médecins ont décrit avec minutie les restrictions d'emplois.

Ces restrictions sont claires : Tous les travaux, non qualifiés, sont impossibles.

Mais malheur, nous sommes sortis de notre rôle, car dans nos certificats nous avons écrit que cette personne ne parle pas le français, ne sait pas lire et écrire et qu'elle a 62 ans. Par conséquent nous ne pouvions pas imaginer à quel métier elle pouvait prétendre.

Réponse du Tribunal : L'instance suprême, le Tribunal Fédéral des Assurances Sociales, a décidé qu'on ne pouvait prendre en compte, pour décider du taux d'invalidité, de l'âge, du manque de formation professionnelle et de la capacité de lire et écrire.

C'est à l'AI de proposer une solution.

Mais nous savons qu'en cas d'absence de formation professionnelle, l'AI ne décide rien et ne propose pas de stage de réinsertion.

Alors débrouillez-vous !

Et c'est à bibi d'expliquer à son patient les subtilités de la doctrine du Tribunal Fédéral.

Ah oui, j'oubliais dans quelle langue ?

 

 

12:14 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook |  Imprimer | | | |

Commentaires

Médecin à Genève, je partage la préoccupation de plus en plus justifiée d'un démantèlement du système de l'AI pour raisons budgétaires et gestionnaires. Pour ma part j'ai eu des expériences positives en ce qui concerne les recours aux Tribunaux cantonal et fédéral contre des décisions de l'AI qui étaient très manifestement basées sur des arguments spécieux, voire malhonnêtes. Je me préoccupe aussi des positions prises par certains de nos collègues médecins et de leurs méthodes de travail anti-hippocratiques. Il est bien clair que la position de l'expert n'est pas semblable à celle du médecin traitant, mais on attendrait, de la part d'un clinicien, un soin et une préoccupation éthique au moins à la hauteur de sa compétence en termes de diagnostic et de traitement. Je suis au contraire le témoin indirect et impuissant de cas où des experts ont bâclé leur travail, tordu leurs conclusions, d'une manière si évidemment malhonnête que je ne puis les considérer comme des confrères et pense que des mesures devraient être officiellement prises pour les empêcher de nuire et leur faire dédommager leurs victimes à la hauteur des dégâts immenses qu'ils ont causés en étant à l'origine d'un nombre considérable d'accrochages, voire de batailles rangées, l'AI ayant à la fois le droit de faire refuser l'assistance juridique aux recourants indigents, afin de faire diminuer le nombre de recours, et de favoriser l'avis de l'expert contre celui de nombreux médecins traitants dans des cas complexes.
Ceci dit, une dérive contre laquelle devrait absolument se défendre l'AI est aussi celle qui consiste, de la part de services sociaux, de créer de toutes pièces des demandes d'AI afin d'externaliser leurs coûts sur cette institution par ailleurs respectable. Ainsi, une femme sévèrement handicapée sur le plan psychique se voit contrainte par son assistant social soit à se mettre au travail alors qu'elle n'a jamais travaillé puisqu'êlle était femme au foyer avec 3 enfants, soit à obtenir des certificats de travail de la part de leur médecin traitant, cela parce que le mari et père de famille, travaillant 47 heures par semaines, ne parvient pas à réunir le revenu minimal lui permettant de se loger même à l'étroit et à payer diverses charges dont les cotisations d'assurance maladie constituent une bonne part.
Le fonctionnement du système est donc devenu absurde, tourne à vide, et sans aucun doute engendre des surcoûts considérables, qu'on aimerait bien voir évaluer par un économistes : coûts directs de frais médicaux et de psychiatre, indirects par un système administratif d'une lourdeur archaïque et dont le but explicite est davantage de traquer les "abus" que de se soucier réellement d'un parcours vers une recapacitation et une intégration sur le marché du travail.
A chaque fois que j'indique une demande de mesures de réinsertion professionnelle, jusqu'à présent, la discussion dans la réponse le plus souvent négative tourne uniquement autour de la rente, même quand les sujets ont la moitié de l'âge de votre patiente. Vous avez donc parfaitement raison de faire part de votre désarroi en tant que médecin traitant et je rejoins vos constatations.
La concertation manque de tous les côtés et les stratégies d'économie finissent par devenir des sources de coûts supplémentaires avec au passage une maltraitance institutionnelle avérée à l'égard des patients, ce qui ouvre la porte à des réactions procédurières et à une probabilité accrue de pérennisation des problèmes de santé qui ont motivé une demande d'AI.

Écrit par : choglamsar | 17/11/2007

Ce que vous nous dites en substance, c'est que pour certains de vos confrère Hippocrate et hypocrite c'est synonyme !

Écrit par : Bla-Blo-gueur | 18/11/2007

Au risque de passer pour une sans-coeur, il me semble que l'âge n'est en effet pas une invalidité et que le manque de formation et l'illetrisme ne sont pas du ressort de l'AI.
Quid des jeunes tatoués avec chiens qui mendient devant la Coop: faudrait-il les envoyer à l'AI?

Je souhaite de tout coeur que cette femme trouve une solution, avec l'aide de l'Hospice général p.ex., mais si vous dites que l'âge (62 ans) vous envoie à l'AI, vous risquez de vous faire lyncher!
Dans ma profession, j'ai de nombreux collègues qui travaillent jusqu'à 80 ans et plus, mais c'est un autre débat...

Écrit par : Babouchka | 19/11/2007

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