19/06/2009

Après la 5ème, la 6ème...

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Les révisions de l’Assurance Invalidité se suivent et se ressemblent.

On ne parle plus de l’invalide, de la personne, mais la façon de faire des économies.

On ne se pose pas la question du pourquoi des demandes.

On de parle pas d’intégration, mais d’exclusion.

On ne parle pas d’égalité face à l’handicap, mais de bonnes ou mauvaises maladies.

On mélange les rôles et les responsabilités.

Je suis sidéré en tant que médecin d’entendre des fonctionnaires déclarer que les troubles somatoformes douloureux ne sont pas une maladie et que par conséquent, les personnes qui en souffrent se verront priver de rentes.

Je me pose même la question de la constitutionalité de ce projet de révision.

Je pensais que nous étions tous égaux face à la loi.

Si les dés sont pipés au départ, je me demande si nous ne devons pas, nous les médecins experts, refuser en cas d’acceptation de cette 6 ème révision de faire des expertises.

Lorsque je vois un patient, je fais un diagnostic que je dois étayer par des découvertes cliniques et surtout je dois définir les restrictions d’emploi.

Les juges du Tribunal Fédéral ont toujours clairement dit que le diagnostic est une affaire médicale et que le juge ne peut pas se permettre de le discuter.

Aux médecins la médecine et aux juges le droit.

Mais, il y a encore plus pervers. Aujourd’hui vous avez intérêt d’avoir une formation professionnelle pour que l’AI s’intéresse à vous.

Sans formation, la réponse est toujours la même. « Dans votre profession votre capacité de travail est nulle, mais dans une profession adaptée, vous pouvez travailler à 100 % » Quand à savoir qu’elle est cette profession, j’attends toujours qu’on me l’explique.

Le suggère une 7ème  révision qui décidera de la suppression de l’Assurance Invalidité.

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Commentaires

En plus, c'est très possible que les troubles que vous appelez "somatoformes" ne soient pas si somatoformes que ça. Ce n'est pas parce que vous êtes aveuglé par vos certitudes qu'il n'y a pas une origine physique derrière la fibromyalgie.La recherche est soit très lente soit elle fait fausse route en ce qui concerne cette maladie-là. On n'a jamais trouvé l'origine de la sclérose en plaques et pourtant on ne l'appelle pas une maladie somatoforme.

Écrit par : K. | 19/06/2009

Cher ou chère K, vous avez mal compris mon propos.
Je trouve scandaleux que l'AI décide que les troubles somatoformes douloureux ne sont pas une maladie, pour pouvoir supprimer des rentes.
Je suis convaincu du contraire, car je connais bien cette maladie.
Alors, je suis en accord avec vous.

Écrit par : Bertrand BUCHS | 19/06/2009

j'essaie pour un 2ème fois de publier cette réponse:

Je suis d'accord avec vous Dr. Buchs et je le suis très souvent lorsque je lis vos articles sur ce blog. C'est juste le mot somatoforme qui me dérange. Toutes les maladies physiques sont en partie dues aux facteurs psychiques mais ne sont pas appelées somatoformes et c'est parce qu'elles sont pour la plupart observables en laboratoire. Ce n'est pas parce que la science n'a pas encore compris la fibromyalgie qu'elle est nécessairement "somatoforme", mais douloureuse elle l'est!

Écrit par : K. | 20/06/2009

Je suis d'accord avec vous somatophorme est un terme barbare. Je ne sais pas porquoi il a été choisi. Nous pouvons faire mieux.

Écrit par : Bertrand BUCHS | 20/06/2009

Dr Buchs, vous avez écrit :

"Mais, il y a encore plus pervers. Aujourd’hui vous avez intérêt d’avoir une formation professionnelle pour que l’AI s’intéresse à vous.

Sans formation, la réponse est toujours la même. « Dans votre profession votre capacité de travail est nulle, mais dans une profession adaptée, vous pouvez travailler à 100 %.""

Ce qui conduit à deux observations :

- De jurisprudence constante il appartient à l'Office AI d'indiquer quelles sont
ces professions adaptées. Si l'Office AI ne le fait pas il s'agit là clairement d'un défaut de motivation qui justifie un recours au Tribunal cantonal des assurances sociales pour ce seul motif déjà.

- Il est vrai que sans formation professionnelle (acquise ou en cours d'acquisition si l'on est plus jeune) il est plus difficile d'être invalide dans le système législatif de l'AI. Pour deux motifs au moins.
Premièrement, parce qu'une profession adaptée doit l'être non seulement médicalement mais aussi socialement, les professions marquant un recul social ne pouvant pas être prise en compte. Par exemple la profession d'aide hospitalier n'est pas socialement adaptée à celui qui a été ou aurait été médecin. Deuxièmement, parce qu'une profession adaptée peu qualifiée conduit à un bas salaire (souvent guère plus de 3000 francs), qui rapidement atteint moins de 30 % du salaire d'une personne qualifiée (salaire médian genevois d'un univeritaire 11'000 francs/mois).


L'observation de K. est intéressante puisqu'elle (ou il) conteste le mot somatoforme à raison de ce que ce mot renvoit à un trouble psychique. Elle me rappelle cette association de défense de personnes atteintes d'épilepsie clamant que l'épilepsie n'est pas une maladie psychique (ce qui n'est pas faux) et donc est une VRAIE maladie.

Peut-être faut-il rappeler à Mme (ou M.K.) que derrière les troubles psychiques il y a des processus physiques perturbés, en règle générale au niveau du cerveau et qu'ainsi les troubles psychiques sont des troubles d'un organe :le cerveau. Je ne vois pas en quoi les maladies du cerveau devraient être considérée comme moins vraies que celles du muscle. Le faire revient à procéder à une discrimination (prohibée par l'article 8 al. 2 de la Constitution fédérale) à l'encontre des personnes atteintes de troubles psychique (du cerveau).

Écrit par : De passage | 20/06/2009

Cher docteur,
C'est évident que toutes ces révisions sont un leurre! En plus elles ont un redoutable effet "bombe à retardement sociale"

Même si certains politiciens se vantent en disant que les demandes AI ont diminué (certes c'est vrai) mais où vont aller tous ces dossiers refusés? A l'Aide Sociale naturellement (piètre tentative pour manipuler les chiffres)
Aucun de ces refus, ne va provoquer "une guérison miraculeuse" chez un malade!

Et puis comme l'Aide Sociale est insuffisante pour vivre dignement dans les grandes villes, certaines créatures désespérées (en fait beaucoup) vont sombrer, pour quelques heures ça et là, dans les filières de l'économie parallèle et au bout du compte, tout ce travail de débrouille au noir, va provoquer une perte fiscale importante pour l'Etat et cela va se répercuter sur l'ensemble de contribuables actifs...et sur le pouvoir d'achat de tout le monde, alors où est l'économie dans tout ça?

C'est comme essayer de colmater le Titanic avec un chewing-gum!

Écrit par : Barbie Forever | 20/06/2009

@ De passage: vous faites une erreur que beaucoup font parce que nous sommes conditionnés par le lobby pharmaceutique. Il n'y a AUCUNE preuve que les maladies dites psychiques ont pour origine des processus physiques perturbés. Les compagnies pharmaceutiques et les associations de psychiatres ont beau chercher, ils n'ont JAMAIS pu le prouver.

Écrit par : K: | 21/06/2009

Cher De Passage, je pense que nous n'allons pas arriver à nous mettre d'accord, mais la joute est intéressante.
Le cerveau décide de tout, ne l'oubliez pas.
Avons-nous un libre arbitre ?
Nous savons trsè clairement actuellement que les troubles du sommeil perturbent certaines fonctions du cerveau en augmentant par exemple les douleurs.
Pourquoi faire une distinction entre le psychique et le somatique ?

Écrit par : Bertrand BUCHS | 21/06/2009

Cher K.,

Je suis désolé de vous contredire de front, mais il apparaît très clairement que la schizophrénie ou la dépression ou les troubles obsessionnels compulsifs se caractérisent par des dysfonctionnements neurobiologiques cérébraux qu'il est parfaitement possible de mettre en évidence, par exemple, par imagerie médicale, notamment par la résonnance magnétique nucléaire dynamique ou par la tomographie à émission de positron. De nos jours il n'en n'est pas fait usage sur le plan médical au motif que cela ne donnerait pas lieu à des indications médicales. Cela n'est qu'à moitié vrai. L'utilisation de ces moyens serait une précieuse aide au diagnostique tant le diagnostique psychiatrique demeure incertain et imprécis malgré les efforts de clarification nosographique.

S'agissant des entreprises pharmaceutiques, je peux vous rejoindre en ce sens que les médicaments proposés sont grossier et loin de saisir la subtilité des perturbations neurobiologiques qui sont en jeux dans ces maladies.

Cher Dr. Buchs,

"Pourquoi faire une distinction entre le psychique et le somatique ?"

Cette distinction n'est que l'expression du dualisme corps-esprit, qui perdure dans la perception contemporaine populaire et qui si elle est de nature épistomologique n'en n'a pas moins des répercussions pratique, notamment dans le domaine médical.

Aux yeux de l'AI (et de la population) il y a les vrais invalides, qui sont atteints de troubles somatiques, et les faux invalides qui sont atteint de troubles psychiques, qui aujourd'hui sont des fainéants après avoir relevé des maisons de correction et de la sorcellerie.

J'imagine aussi que dans votre pratique médicale vous constatez que beaucoup de vos patients préfèrent souffir de fibromyalgie, une vraie maladie au substrat certe inconnu mais organique, que de trouble somatoforme douloureux, qui n'est pas une vraie maladie parce que psychique.

Écrit par : De passage | 21/06/2009

@DePassage: je sais bien qu'on a fait toutes sortes d'examens compliqués pour essayer de prouver l'hypothèse de l'origine biochimique de la maladie mentale, mais on n'a jamais pu prouver ce qui venait en premier: la modification du cerveau ou la "maladie", sans parler des effets des éventuels médicaments sur les cerveaux examinés. C'est la question de l'oeuf ou la poule. Savez-vous que l'on a pu démontrer que le cerveau des nouveaux chauffeurs de taxis s'étaient modifiés après qu'ils aient appris par coeur toutes les rues de Londres? N'est-ce pas une preuve que l'expérience modifie notre cerveau? Le cerveau est un domaine fascinant où il n'y a pas de certitudes. Et le cerveau est loin d'être le seul organe intelligent ou qui réagit et se modifie suivant le vécu de chacun.

Écrit par : K. | 21/06/2009

Les problèmes de l'AI ?, un laxisme, un angélisme et un je-m'en-foutisme incroyables et largement répondus auprès des responsables de cette assurance pendant des années, parfois avec la complicité ou la candeur de quelques médecins. Tous ces beaux messieurs ont, pendant des années, laissé dériver une politique de la naïveté et de l'incompétence qui n'a eu comme résultats que de leur payer de beaux salaires de fonctionnaire et de créer une mentalité de l'arnaque auprès de nombreux assurés. Maintenant il y a le retour de bâton et ces mêmes messieurs, ou leurs descendants, sont tout-à-coup devenus les pit-bulls des finances de l'état, continuent à toucher leurs salaires de ministre, mais malheur au pauvre handicapé qui tombe dans leur pattes...Il doit y avoir un dieu de l'incompétence des fonctionnaires...

Écrit par : Piles64 | 25/06/2009

Ce que je trouve honteux c’est comme le gouvernement met des sommes énormes pour sauver des banques pendant que les gens qui souffrent sont sacrifiés. Au lieu de faire une révision de l’AI, ne devrait-on pas faire une révision de nos valeurs et de nos priorités ?

Nos malades sont très souvent des gens qui ont laissé leur santé au travail à cause d’un rythme effréné, un travail frustrant et dévalorisant. Comme des pièces usées d’une machine infernale ils ont été exclus du monde du travail dès qu’ils ne servaient plus. Tout comme les soldats donne leur vie à la guerre, ces gens-là ont donné leur santé à la société. Ne méritent-t-ils pas plus de respect ?

Écrit par : K. | 25/06/2009

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