15/06/2010

Un petit coup de blues...

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Il y a des jours comme cela où le doute s’installe et l’envie vient de fermer boutique et d’aller voir ailleurs si le ciel est plus bleu.

Après 16 ans de pratique médicale comme médecin libéral, j’ai l’impression que mon avenir n’est plus entre mes mains.

Le travail que j’ai fait, recommencé tous les jours, avec le désir de bien faire, d’être à l’écoute, d’être disponible, de continuer à me former, de perfectionner mon sens clinique n’a probablement servi à rien.

La médecine libérale, celle auquel je crois et qui m’a été léguée par mes maîtres va mourir.

La liberté, essentielle à ma pratique, et qui énerve tellement le commun des mortelles va disparaître.

Le médecin est libre. Et oui c’est comme cela.

Le médecin doit pouvoir, sans contrainte, fonctionner comme il l’entend.

Il doit pouvoir refuser, contester le pouvoir car il défend en premier son patient.

Le secret médical, le respect de la fin de vie, le refus de collaborer sont indispensables.

Il est quand même intéressant de constater que dans un système sans liberté individuel comme l’armée, le médecin n’a aucun ordre à recevoir.

Je n’ai jamais été aussi libre que lorsque j’ai fonctionné comme médecin d’école de recrues.

Demain le Conseil national va débattre d’une modification de la LaMal qui signera probablement la fin d’une époque.

L’introduction des réseaux de soins intégrés, avec la pénalisation des assurées ne désirant pas entrer dans ce type de structure va complètement transformer ma pratique.

Je vais devoir suivre les ordres. Moins d’examens, moins de consultations, moins de médicaments. Je vais être surveillé, calibré. Mon travail sera probablement délégué à d’autres professions moins chères.

Je deviens l’employé d’un système que je récuse.

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Commentaires

Je ne suis qu'un patient, et je ne connais rien à la médecine. Ce que j'ai pu observer, c'est les dérives de cette liberté dont vous parlez. Elle a amené des bienfaits, mais le système de santé est à l'agonie. Combien de médecins "libéraux" ont tondu le système en se faisant des salaires de ministre sur le dos du contribuable ou de l'assuré. Elle a prafois bon dos la liberté, surtout quand cerains en abusent. Les changements à venir sont aussi les conséquences de ces manquements déontologiques.'Vous ne me croyez pas ? J'ai pourtant des exemples tels ce médecin qui assiste à l'opération de quatre patientes le même jour et qui facture à chacune son temps pour le trajet entre Genève où se trouve son cabinet et Lausanne où se trouve la clinique. Du vécu qu'on n'oublie pas. Alors la liberté ... oui, mais pas celle-là.

Écrit par : Philippe | 15/06/2010

Maudit Blues... quand le doute s'installe pensons au vieux Sénèque qui écrivait à son ami Lucilius: Empare-toi de toutes les heures. Quand on diffère de vivre, la vie nous échappe.

Écrit par : Christian Delécraz | 15/06/2010

A quand une médecine qui va au fond du problème, qui prend en compte le corps et l'esprit? A quand une médecine qui aide réellement le patient et non les compagnies pharmaceutiques? Vous êtes peut-être mûr, comme disait quelqu'un d'autre sur ce blog, pour la médecine holistique.

Écrit par : K. | 15/06/2010

Et moi donc, si vous pouviez voir mon blues du jour car toujours pas vraiment traitée après plus de dix visites à divers spécialistes, trois opérations des mains, des paquets d'anti inflammatoires, de benzos, d'hypnotiques. Ah docteur, je ne sais plus à quel saint me vouer. Vous êtes un peu loin pour moi question kilomètres mais je vous jure que là, immédiatement, un bon rhumatologue ferait bien mon affaire, ne serait-ce que pour m'expliquer certains trucs ou pour me calmer un peu les nerf à fleur de peau. Si j'en avais le courage je ferais bien le calcul que cette histoire m'a déjà coûtée en temps, en kilomètres,en déprimes diverses et combien elle aura coûté au système. Comme on m'a déjà dit que ce n'était pas un cancer ou une plaie terrifiante alors je me répète en boucle. Alors à quand un véritable projet pour une santé plus rapide, plus simple, plus efficace ? mm

"I had a dream but it was just a dream"

Écrit par : méchante madame | 15/06/2010

Je mon cher Bertrand que le commun des mortels comme vous dites en a marre de l'arrogance des médecins et il semble que je ne sois plus le seul à le penser au vu des commentaires. Les langues se délient.Fini de brandir sans cesse cette pseudo liberté que j'appellerai plutôt licence, dérèglement,arbitraire. Fini la pêche aux moules cher praticien sur formé, passons aux résultats, à l'objectivité. Il est temps de rendre des comptes. Times they are changin' comme disait ce cher Bob. Yeeeeeeeees!

Écrit par : Anastase | 16/06/2010

Anastase, vous dites les langues se délient mais pour moi elles ne se délient pas assez, on est toujours dans une optique de : il ne faut pas toucher aux bons docteurs car ils font toujours tout bien et c'est comme un reflex de survie tellement on se sent démuni face à la maladie qui risque de nous tomber dessus ou à celle qui a commencé de menacer notre vie ou notre capacité à fournir les tâches toujours plus compliquées que la société nous impose. Nous sommes en plein dans une médecine de bricolage, lente et administrative et on pourrait en écrire des pages en tant que patient, parent ou ami de patient. On reproche beaucoup au patient qui par exemple irait consulter pour rien. On met en route des systèmes toujours plus compliqués qui ne visent qu'à renchérir les coûts, à saoupoudrer dans tous les sens que ce soit les thérapies bidons - oui, dernièrement j'ai fait connaissance avec une médecine pratiquée par les seul médecins et qui se nomme "thérapie neurale", ou les différents services de santé. Dans une indifférence totale se mettent en route de nouveaux systèmes tarifaires. C'est assez marrant d'observer tout ça mais on ne se marre pas longtemps car on voit bien que cela ne fera que fortifier la médecine à deux vitesses qui se met gentiment en place, alors que nos cotisations ne cessent de grimper. Je lisais ce matin à quoi aboutissent les séjours de plus en plus courts en milieu hospitalier. Les anglos-saxons appellent ça "revolving doors" les portes tournantes car finalement beaucoup de patients ne font plus que sortir et rentrer aussi sec à l'hôpital... Oui, il faudra maintenant des résultats, pas seulement un saupoudrage généralisé - et aussi une prise de parole des grands silencieux que sont les malades.
Pour terminer une petite conversation avec une secrétaire de médecin qui me disait comme tout était devenu difficile pour les cabinets médicaux depuis que les patients allaient consulter les pages internet les concernant. C'est embêtant tous ces patients qui en savent trop...

Écrit par : méchante madame | 16/06/2010

Le problème n'est pas celui des patients qui savent trop, mais bien celui qui, croyant savoir , savent mal: c'est peut-être pour cela que les médecins font des études en faculté et pas sur internet.
C'est pourtant simple: quand j'ai un problème de loi, c'est quand même mieux d'aller chez un avocat que sur internet. Idem pour la maladie.

Écrit par : Gipi | 16/06/2010

Faux! Souvent les articles sur internet sont écrits par des médecins et pas des moindre... Les études en faculté bien sûr mais... Et vous oubliez la solidarité de la cohorte des malades contents ou se sentant floués ? Vous devez être jeune et en en parfaite santé Gipi et je vous en félicite. Veinard !... ou veinarde !

Voir un avocat au moindre problème de loi ? Vous rigolez ou alors vous n'avez aucun problème de financement :) Encore samedi une malheureuse femme me disait que l'avocat qu'elle avait contacté pour un problème important lui avait dit d'emblée : "vous venez à mon étude avec une provision de 1500 frs si non, je n'entre même pas en matière"...

Écrit par : méchante madame | 16/06/2010

Et l'expérience et la confiance.
Le trop d'informations tue le savoir.
Les malades ne sont jamais "comme dans le livres".
Cela me touche que vous pensiez que je fais ce métier pour de l'argent sans aucune conscience professionnelle.

Écrit par : Bertrand BUCHS | 16/06/2010

Ne généralisons pas docteur, je n'ai encore pas dit qu'il fallait nier l'expérience ou retirer sa confiance, qu'il fallait vivre comme dans les livres ou dans le tout cybernétique. Je n'ai pas encore dit que les bons docteurs ne tavaillaient que pour les sous... Pour le moment nous en sommes encore au brainstoming :) attendons de voir où ça nous mènera, attendons de voir les réactions, s'il y en a... Ceci dit, ce n'est pas un manche à balais qui vous répond, je crois même que je vous bats de quelques années au service de la santé et des patients, 34 ans si j'ai compté juste et presque toujours à 100%...

La prochaine fois je vous parlerai du salaire de ceux de ma profession de la santé et de ma retraite qui arrive à juste un peu plus de 3000 frs AVS comprise. Je vous en prie docteur ne commencer pas à nous pleurer dans le gilet !

Écrit par : méchante madame | 16/06/2010

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