19/09/2013

Qui aura la responsablité de Curabilis ?

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La décision d’hier du Conseil d’Etat de rattacher la Pâquerette au département de la Sécurité semble logique au vue de l’absence de gestion des risques.

Mais ce même Conseil d’Etat, dans le même communiqué de presse, dit également que Curabilis sera sous la responsabilité d’un seul département.

Et il ne dit pas lequel.

Etrange.

Deux lectures.

Ce département sera celui de la Sécurité et dans ce cas, cela sera très problématique, pour ne pas dire plus, pour le personnel médical qui travaillera dans cet établissement.

Ce département sera celui de la santé, mais à ce moment cela va coincer sec avec le personnel de sécurité et de surveillance.

Deux métiers, deux visions différentes.

Il va falloir procéder à un arbitrage et laisser le nouveau Conseil d’Etat décider.

Dans cette discussion, il ne faudra pas oublier qu’un médecin ne peut pas être sous le contrôle et les ordres d’un département non médical.

Et surtout pas de celui de la Sécurité.

C’est un principe auquel on ne peut pas déroger.

Même l’armée admet la liberté complète de décision du médecin.

Les conventions de Genève stipulent que les médecins ne peuvent pas être faits prisonniers et doivent pouvoir continuer librement à faire leur travail.

Les associations professionnelles interdisent à leur membre de participer à des exécutions capitales et à des séances de torture.

Cette position du médecin est inconfortable, être dedans et dehors, mais est essentiel pour pouvoir soigner son patient.

Il faut donc que Curabilis soit sous le contrôle du département de la Santé.

Il n’existe pas d’autre choix.

Mais cela ne veut pas dire laxisme, absence de dialogue et de travail en réseau.

Et surtout avoir une vraie gestion des risques.

Dans le cas contraire il faudra que l’Association des Médecins de Genève prenne la seul décision possible, interdire à ces membres de travailler dans ce service, qui est d’abord un lieu de soins avant d’être une prison.

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Commentaires

Hors sujet, mais comme vous êtes médecin et semblez vous soucier de déontologie.
Un proche vient de me rapporter le fait suivant:
Rentrant d'une visite à sa femme hospitalisée, un homme reçoit un coup de téléphone qui lui annonce que sa femme "est morte". Incrédule, il finit par retourner à l'hôpital où il apprend, dans les mêmes termes délicats qu'après son départ sa femme a été victime d'une embolie pulmonaire.
Question: y aurait-il, parmi tous les services publics qui se soucient tant de protéger la sensibilité et la susceptibilité des jeunes et vieux contre les atteintes possibles des vicissitudes de l'existence (du moins lorsque la presse ou certains groupes de pression s'y intéressent), une équipe qui pourrait rappeler à certains services de l'hôpital que celui-ci a aussi à faire à des personnes encore en vie, donc doués justement d'une certaine "sensibilité"?

Écrit par : Mère-Grand | 19/09/2013

Mère-grand@ Sensibilité pour les uns, hypocrisie pour les autres. Tous ces euphémismes autour de la mort...Pour moi, c'est presque pire que la simple réalité.
Vous vous intéressé à la linguistique : rentrant d'un pays lusophone, j'ai dit à un ami qu'une amie commune, depuis quelques temps aux soins palliatifs, était "partie". Il a compris rentrée à la maison...
Et justement, à propos de lusophonie : un jour au Mozambique (au début...), j'ai voulu utiliser "noir" au lieu de "nègre", comme en français. La personne visée m'a regardé d'un air outré : "le charbon est noir, moi je suis nègre..."

Écrit par : Géo | 19/09/2013

Hum... il y a longtemps que les médecins ont perdu le pouvoir sur la médecine. Ne sont-il pas déjà aux ordres de Swissmedic, de l'Ofas, des lobbys pharmaceutiques et de l'économie ?

Écrit par : Jmemêledetout | 19/09/2013

@Géo
Merci de vous intéresser à mon intervention. Vous aurez remarqué qu'il ne s'agit pas de moi. Si c'était le cas, et si j'ai bien compris ce qui m'a été rapporté, j'aurais apprécié une phrase d'introduction à celle que j'ai cité, quelque "précaution oratoire". Sur les euphémismes, particulièrement appréciés aux USA, je suis d'accord en principe et j'utilise sans problème les expressions "mourir" et "être mort", particulièrement lorsque je parle de mon avenir à moi, encore que je ne rangerais pas l'adjectif "décédé" dans les euphémismes du type "parti".
En ce qui concerne les usages liés aux diverses cultures, on ami m'a rapporté qu'en Haïti un personnage important étaient appelé "gros nègre". Personnellement tout cela m'est bien égal et j'aimerais qu'il en soit de même pour tout le monde. Malheureusement la proportion de gens qui ont besoin d'abaisser les autres par quelque moyen que ce soit (et ces dénominations font malheureusement souvent partie de ce triste moyen que certains utilisent pour se hausser au-dessus de leur valeur) est très grande. Ma femme et noire et certains de mes enfants sont métisses et ils ne sont ni supérieurs ni inférieurs en rien à la moyenne des gens ... au-dessus de la moyenne ;-)
A Manus (île de Papouasie Nouvelle-Guinée située dans la Mer de Bismarck, Mélanésie) j'ai dû faire la queue un très grand nombre de fois pour essayer de prendre un avion de retour pour le continent. C'était la période des congés de Noël et tous les avions vols étaient complets. A part quelque "onetalks" (membres de la famille élargie) à qui les employés n'osaient pas refuser une faveur, tout le monde en était réduit à une attente de jours ou de semaines. C'est à cette occasion qu'un Papou s'est écrié à l'adresse de ceux qui attribuaient les passages, en prenant la foule pour témoin et en me regardant "Are you colour blind?". Il lui semblait apparemment normal qu'un étranger jouisse d'une certaine faveur dans ces circonstances.
Cette faveur je ne l'avais pas demandée et je me suis rendu compte bien plus tard que la plupart des gens, surtout les anciens, trouvaient très curieux que je ne le fasse pas.
J'étais donc quelque peu inadapté et naïf et cela m'a en définitive valu plus de difficultés que rapporté de sympathie ou d'aide.

Écrit par : Mère-Grand | 19/09/2013

Correction:
"certains de mes enfants sont métis"
Désolé.

Écrit par : Mère-Grand | 19/09/2013

Jmêledetout vous avez entièrement raison.
Nous avons perdu notre liberté et nous l'avons voulu.
mais ce n'est pas une raison pour baisser les bras. Il faut continuer a être a contre-courant. Car nous défendons d'abord votre liberté.

Écrit par : Bertrand Buchs | 19/09/2013

Mère-Grand.
Les jeunes médecins ne sont plus éduqués par les vieux médecins.
Ils n'ont plus cette vision d'une médecin humaniste.
Il m'est arrive très souvent de devoir annoncer la mort de quelqu'un. Mon chef ne me laissait jamais seul. Il venait et nous demandions souvent a un prêtre ou a un pasteur de nous accompagner.
Maintenant la plupart des chefs de service sont des chercheurs qui ne savent plus ce qu'est un malade et qui ont la trouille de la mort. Alors ils délèguent.

Écrit par : Bertrand Buchs | 19/09/2013

@Bertrand Buchs
Dans la série NCIS le médecin chargé des autopsies fait souvent la conversation aux morts dont il s'occupe. Généralement, il faut bien le dire, avec plus de sensibilité que certains médecins auxquels nous faisons référence.
Cela me rappelle une remarque d'un médecin "humaniste" à propos d'un chirurgien dont je me plaignais, "les gens dont ils s'occupe sont généralement sous anesthésie".

Écrit par : Mère-Grand | 19/09/2013

@M. Buchs,

Oui, bien sûr qu'il faut continuer à se battre, mais pour la plupart des médecins, dont je me réjouis que vous ne fassiez pas partie, il faudrait plutôt commencer à se battre et surtout se réveiller d'un long sommeil.

Et bien sûr que oui, non seulement notre liberté, mais notre survie dépend de votre combat...

Alors merci d'être l'une des rares exceptions qui confirment la règle.

Écrit par : Jmemêledetout | 19/09/2013

Si j'ai bien compris l'exposé de M. Barth, la question est de savoir, à cette phase d'exécution de peine (Bénéfice des mesures de réinsertion accordé)
à laquelle des trois institutions la gestion du dossier du détenu sera dévolue.

Il me semble en effet, que c'est celle de la santé, logiquement, qui doit en être entièrement responsable d'autant plus que, pour bénéficier de ces mesures, c'est l'autorité psychiatrique qui produit les expertises favorables. Il semble donc que l'autorité judiciaire n'est plus concernée.

Restent deux acteurs en lice pour le suivi: la santé et la sécurité

La santé. Comme elle ne peut travailler sous le contrôle d'un département non médical, c'est donc à la santé d'énoncer les mesures qu'elle souhaite voir se concrétiser pour sa propre sécurité et pour celle de la population.

Vous l'avez conclu vous-même "Il faut donc que Curabilis soit sous le contrôle du département de la Santé.
Il n’existe pas d’autre choix."

A Curabilis de définir comment travailleront ses services, avec qui et de quelle manière. La sécurité ne sera plus que prestataire de services sur commande.

Cela aura le mérite de permettre l'identification de toutes les responsabilités.

La question ensuite est de savoir, sur le plan politique, si on acceptera que le budget de Curabilis atteigne celui des HUG dans sa définition.

Écrit par : Beatrix | 21/09/2013

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